[Colloque]Pratiques hétéroglossiques dans les espaces de contact hispano-lusophones
Le terme « hétéroglossie » a été utilisé par Bakhtine (voir Emerson & Holquist, 1981) pour désigner la fonction sémiotique de la variation linguistique dans le roman (langues, dialectes ou registres). Il a récemment été recontextualisé par la sociolinguistique et l’anthropologie linguistique pour désigner l’utilisation de répertoires linguistiques dans lesquels apparaissent des éléments qui pourraient théoriquement être attribués à différentes variétés. Le rapprochement hétéroglossique suppose une approche épistémologique qui s’écarte de la conception des langues comme des objets bien délimités et autosuffisants, en mettant l’accent sur les pratiques hétérogènes des locuteurs (Bailey, 2012).
Les espaces hispano-lusophones, en Europe, en Amérique, en Afrique et dans les Caraïbes, constituent des terrains priviligiés pour observer la diversité et la mobilité des pratiques linguistiques hétéroglossiques issues d’histoires de colonisation, de résistance et de migration. Or ces pratiques ne peuvent être comprises indépendamment des rapports de pouvoir, des idéologies et des régulations qui les traversent. Dans cette perspective, la glottopolitique offre un cadre fécond pour penser les interventions explicites et implicites sur le langage et les tensions qu’elles génèrent entre homogénéisation et hétérogénéité (Alén Garabato & Boyer, 2020; Del Valle, 2024; Gugenberger et al., 2013; Guespin & Marcellesi, 1986). De même, les approches critiques du contact (Léglise, 2018, 2021; Makoni & Pennycook, 2007) invitent à dépasser la vision du contact comme simple rencontre de systèmes pour l’envisager comme un ensemble de pratiques socialement situées, façonnées par des dynamiques historiques et politiques. Dans ce cadre, les approches décoloniales apportent un questionnement fondamental sur les épistémologies linguistiques héritées du colonialisme et sur les modes de production de savoir qui continuent de marginaliser certaines pratiques et certains locuteurs (García & Flores, 2012; Makoni & Pennycook, 2012; Rosa & Flores, 2017). La linguistique postcoloniale et décoloniale (Levisen & Sippola, 2019) invite ainsi à repenser non seulement les objets d’étude mais aussi les catégories analytiques et les postures de recherche.
L’étude de ces dynamiques s’est nourrie d’approches variées: certaines ont privilégié l’analyse des effets de contact entre systèmes linguistiques distincts, en décrivant leurs conséquences morphosyntaxiques, phonétiques ou lexicales (Blestel & Palacios, 2021; Regueira & Fernández-Rei, 2020; Vázquez Rozas, 2020; Escobar, 2000; Haboud, 1998; Muntendam, 2008; Muysken, 2013; Palacios, 2005, 2011) ; d’autres ont mis en lumière la dimension sociale, pragmatique et idéologique des pratiques, en soulignant le rôle des mobilités, des apprentissages, des attitudes et des régulations glottopolitiques dans la reconfiguration des répertoires (Klee, 2009; Klee & Caravedo, 2012; Recalde, 2012; Léglise, 2013; Makoni & Pennycook, 2007; Sánchez Moreano, 2018; Sánchez Moreano & Blestel, 2021b, 2021a). Ces perspectives, loin de s’opposer, se complètent : elles permettent de penser conjointement les phénomènes observables et les conditions sociales, institutionnelles et politiques de leur production.
En réunissant ces différents courants, le colloque souhaite explorer la manière dont les pratiques hétéroglossiques participent à la fabrique sociale et politique du sens, qu’il s’agisse de contextes éducatifs, médiatiques, institutionnels ou quotidiens. Il s’agira d’examiner non seulement les processus de contact, mais aussi les idéologies et les dispositifs glottopolitiques qui les informent, afin d’interroger la place du langage dans la construction des hiérarchies, des appartenances et des imaginaires contemporains. L’objectif est d’ouvrir un espace de réflexion collectif où les résultats empiriques, les cadres théoriques et les enjeux politiques du langage puissent dialoguer sans cloisonnement disciplinaire, pour penser ensemble la diversité, ses régulations et ses formes d’expression.
Inscription
Accès libre et gratuit
DATE
15 - 16 Oct. 2026
HEURE
9h30 - 17h30
LIEU(X)
15 oct.
Université Sorbonne Nouvelle ► Maison de la Recherche ► Salle du Conseil
16 oct.
Campus Condorcet ► Centre des colloques
ORGANISATEUR (S)
> Pleiade
